Investment Update Mars 2020

Pause d'enthousiasme

Le mois de février a été particulièrement ardu pour les marchés actions globaux qui ont connu une correction de 8,5% sur le mois suite à l’épidémie du coronavirus. C’est ce que l’on peut qualifier de réaction d’une grande intensité : les marchés redoutent les conséquences susceptibles de découler d’une situation dans laquelle les chaînes d’approvisionnement mondiales sont sous haute tension, les échanges internationaux au ralenti et le tourisme en quarantaine. Une telle situation devrait porter un coup à la confiance des entreprises et des ménages.

Le scénario économique de base de l’OCDE table sur un pic de l’épidémie au premier trimestre avec un nombre de cas « modéré » en dehors de Chine, l’épicentre du virus. Ainsi, la croissance mondiale devrait chuter à 2,4% pour l’année 2020, soit une baisse de 0,5 point de pourcentage par rapport à 2019. La Chine, quant à elle, devrait également voir sa croissance baisser à 4,9%, soit 1,2 point de pourcentage de moins que l’année passée. Par ailleurs, nous invitons particulièrement à la vigilance à l’égard des économies fortement interconnectées avec la Chine comme le Japon, la Corée du Sud et l’Australie.

Alors que les incertitudes sont à leur apogée, les marchés attendaient une réponse rapide de la part des décideurs publics pour apporter un soutien à l’économie. Dans ce contexte, la Réserve fédérale américaine (Fed) a procédé d’urgence à une baisse de taux de 50 points de base pour se ranger dans une fourchette de taux situés entre 1-1,25%. Cette baisse traduit la volonté de restaurer la confiance à court terme, que ce soit sur les marchés ou dans l’économie réelle.

Nous pensons que la réponse ne devrait pas être seulement monétaire car un soutien budgétaire aux économies est imminent. Hong Kong a montré l’exemple en décidant de distribuer l’équivalent de 1200 euros à chaque citoyen adulte à titre exceptionnel afin de soutenir la consommation. En Europe, le gouvernement italien a également l’intention de dépenser davantage en ayant recours aux clauses du Pacte de stabilité et de croissance destinées à limiter les dépenses des États membres, ce qui lui permettra de dépenser plus sans enfreindre les règles budgétaires européennes.

Les politiques budgétaires et monétaires risquent de n’avoir que très peu de retentissement positif sur le coup encaissé par la chaîne de production.

En revanche, soulignons que les actions mises en place sont avant tout des politiques de la demande susceptibles d’insuffler de l’optimisme dans le court terme. Explicitons : une politique de la demande permet de compenser une faiblesse de la consommation ou de l’investissement en augmentant les dépenses publiques ou en baissant les taux d’intérêt directeurs afin d’éviter un ralentissement trop fort de l’économie.

Or, avec cette épidémie, nous sommes en présence d’un choc d’offre négatif, ce qui signifie que c’est la capacité de production des entreprises qui est affectée. Ainsi, les politiques budgétaires et monétaires risquent de n’avoir que très peu de retentissement positif sur le coup encaissé par la chaîne de production.

En ces temps d’imprévisibilité, nous maintenons un positionnement neutre sur les actions en privilégiant des secteurs défensifs tels que la Santé, l’Immobilier et les Services de Communication.


Marchés boursiers

En février, les foyers de Coronavirus se sont multipliés à travers le monde. Les risques inhérents à cette situation ont eu raison de l’optimisme des investisseurs et entraîné les marchés financiers à la baisse. Les performances calculées en euros à l’issue du mois de février voient rouge : le MSCI World, indice des marchés actions internationaux, perd -7,54%, tandis que son homologue européen décroche de -6,21% et américain de -8,35%. Ce contexte de correction a fait basculer en territoire négatif les performances calculées en euros sur 2020. 

En réalité, les investisseurs craignent que le virus se propage de telle façon que les gouvernements soient contraints d’implémenter des mesures drastiques de quarantaine (comme l’a par exemple fait le gouvernement transalpin qui a placé en quarantaine 11 villes du Nord du pays) et les entreprises d’interrompre leurs activités (comme l’ont fait Apple et Adidas en Chine). Les premiers commentaires et résultats d’entreprises montrent que la prolifération du Coronavirus n’augure rien de bon pour les prochaines publications de résultats. Selon le brasseur AB Inbev par exemple, le covid-19 devrait pénaliser ses revenus du premier trimestre à hauteur de 285 millions de dollars. Dans le même esprit, la plateforme de réservation d’hôtels en ligne, Booking.com, s’attend, quant à elle, à une réduction des réservations de -5% à -10% pour le premier trimestre 2020.

Ne tirons toutefois pas de conclusions trop hâtives sur la fin du cycle économique actuel et la hausse des marchés financiers. Tout d’abord, partout dans le monde, les banques centrales continuent d’apporter leur soutien à l’économie en appliquant des politiques monétaires très accommodantes. Ensuite, la faiblesse des taux d’intérêts constitue également un élément positif pour les marchés actions. Enfin, ajoutons que par le passé, les virus tels qu’EBOLA ou le SRAS ont eu un impact à court terme sur les marchés financiers sans jamais avoir un effet dévastateur de long terme sur l’économie mondiale. C’est la raison pour laquelle nous conservons notre position neutre sur les marchés actions.

Du point de vue géographique, nous persistons dans notre légère préférence pour le marché américain par rapport au marché européen. Ce faisant, nous profitons de l’accès à des valeurs bénéficiant de croissance séculaire, lesquelles sont plus nombreuses aux États-Unis qu’en Europe. Par ailleurs, le caractère de valeur refuge du dollar américain offre une protection supplémentaire en cas de retournement des marchés financiers. Mentionnons également que la marge de manœuvre dont la Fed dispose pour stimuler l’économie et soutenir les marchés financiers est plus large que celle de la Banque centrale européenne (BCE).

Sur le plan de nos recommandations sectorielles, nous favorisons toujours les Services de Communication, l’Immobilier et la Santé. Dans l’ensemble, ces secteurs offrent des meilleurs profils de croissance, bénéficient de la baisse des taux et se traitent à des valorisations raisonnables. Aussi, ils se montrent moins sensibles que d’autres secteurs à la propagation du coronavirus. Aussi, nous avons revu à neutre notre exposition au secteur des Services aux Collectivités en raison d’un profil de croissance bien supérieur à la moyenne (Aux États-Unis, les résultats ont progressé de 21,6% alors qu’ils étaient de seulement +0,9% pour les valeurs du S&P 500). En plus de cela, le secteur tire parti d’un profil peu risqué en raison de ses activités régulées et son exposition domestique. Finalement, la baisse des taux permet de redorer le blason du « dividend yield » et de rendre le secteur attractif pour les investisseurs en quête de rendement.


Marchés obligataires

Taux et obligations souveraines

Le coronavirus demeure le sujet incontournable du mois de février. L’augmentation du nombre de cas et de pays à signaler de nouveaux cas ont provoqué une chute des taux souverains réputés pour le statut de valeur refuge. En parallèle, aux États-Unis, les attentes d’inflation sont revues à la baisse et la Fed ne s’est pas fait attendre en surprenant les marchés avec une diminution de ses taux directeurs. Ainsi le rendement du bon du Trésor américain à 10 ans se retrouve en-dessous du seuil critique de 1,00% tandis que le Bund allemand à 10 ans se situe sous la barre des -0,60%.

En Europe, la BCE s’est d’abord montrée moins inquiète: selon elle, la situation ne nécessitait pas de réajustement de la politique monétaire et il ne fallait alors pas dramatiser. En revanche, une semaine plus tard, le ton change : l’institution affirme qu’elle est prête à agir si cela s’avère nécessaire, partageant désormais les mêmes inquiétudes que les investisseurs qui volent vers la sureté en favorisant toujours l’achat d’obligations souveraines AAA-AA vis-à-vis des bons du Trésor italien, espagnol et portugais. Avec une courbe des taux allemands complètement négative, il nous est aujourd’hui difficile de donner une recommandation à l’achat pour ces titres.

En revanche, pour les investisseurs au profil de risque plus solide, les emprunts publics italiens dont les échéances se situent entre 3 et 30 ans affichent des taux encore bien positifs et peuvent représenter une opportunité pour les investisseurs en quête d’obligations à la fois liquides et génératrices de rendement.

Crédit

Le marché du crédit n’a pas échappé au chahut  généré par la propagation du coronavirus. En effet, la chute rapide de l’appétit pour le risque des investisseurs s’est considérablement ressentie sur les primes de risque de la dette privée, aux États-Unis comme en Europe. Pour autant, cet élargissement des primes de risque est également la conséquence du phénomène de fuite vers la sureté, lequel profite à la dette souveraine et creuse l’écart entre les deux types d’actifs. Logiquement, les valeurs les plus touchées ont été celles qui sont les plus exposées à la Chine et celles pour lesquelles la chaîne d’approvisionnement est étendue sur le plan géographique.

Pourtant, les rendements restent au ras des pâquerettes, ce qui est principalement dû au soutien des banques centrales. En Europe, les rachats de la BCE continuent d’épauler la demande. En Amérique, l’anticipation de nouvelles baisses de taux dans le but de porter assistance à une économie qui risque de s’enrhumer est favorable à toute la dette.

Dans cette optique, nous n’affichons pas d’inquiétude particulière à l’égard de la dette privée. Quand bien même les prévisions des entreprises les plus cycliques sont revues à la baisse, la classe d’actifs reste intéressante sur le plan du rendement, notamment depuis que les taux souverains américains sont tombés sous la barre des 1%.

Nous préservons un biais positif pour la dette émise dans le chef d’entreprises dites défensives, donc peu cycliques, qui affichent une rigueur financière observable dans la gestion de leur bilan. La réactivité globale des banques centrales nous conforte dans notre préférence pour les titres éligibles aux rachats de la BCE, sachant que l’institution pourrait intensifier son programme de rachats.

 


Marchés des changes et matières premières

EUR/USD

Entre le 1er et le 19 février, le dollar a continué sur sa lancée amorcée en janvier en poursuivant son évolution favorable face à l’euro. Début février, le cours s’affichait à 1,10 pour retomber jusqu’à 1,0794 le 19 février. À l’issue des dix derniers jours du mois, le cours est revenu à la case départ, à son niveau du 1er février.

Le renforcement des 20 premiers jours du mois s’inscrit dans la lignée de la fuite vers la sécurité qui s’est déclenchée en janvier. Ces mouvements sont principalement nés des tensions géopolitiques grandissantes et de la propagation rapide du coronavirus.

Par ailleurs, le renforcement de l’euro qui s’est ensuivi peut également s’expliquer par les attentes des marchés en matière de baisses de taux de la part de la Fed. Il s’avère que la baisse d’urgence de 50 points de base à laquelle la Fed a procédé le 3 mars a validé ces attentes. Ainsi, le différentiel entre les taux américains et européens est devenu relativement plus favorable à l’euro, qui en est sorti renforcé.

De plus, les taux de la BCE étant en zone rouge, il est difficile d’entrevoir la possibilité de baisses de taux agressives au sein de la zone euro, contrairement à ce que la Fed est susceptible de faire aux États-Unis.

Compte tenu de la volatilité, nous nous maintenons dans la fourchette annoncée lors des éditions précédentes, située entre 1,08 et 1,13.

OR

La volatilité sur les marchés financiers et la recherche de sécurité ont permis au cours de l’or de franchir brièvement la barrière de 1650 $ l’once, affichant une performance depuis le début d’année de presque 4% (le 28 février, l’or a clôturé à 1585 $ l’once). En dépit de cela, les titres des producteurs d’or ont souffert en février : les investisseurs faisant face aux appels de marges sur leurs comptes ont capitulé en entamant des prises de bénéfices.

Si elle devait se poursuivre, la correction sur les marchés actions va probablement pousser les investisseurs vers des valeurs refuges et les taux d’intérêts de plus en plus négatifs réduisent le coût d’opportunité de détenir un actif qui ne paie ni dividende ni coupons, à l’image de l’or. Nous continuons donc de privilégier une exposition à l'évolution du prix de l'or par le biais des actions des sociétés minières, qui peuvent profiter d'un levier opérationnel conséquent. Par ailleurs, c’est exactement cette situation que leurs dernières publications de résultats décrivent : les liquidités générées s’inscrivent à la hausse et les dividendes augmentent. Qui plus est, la dette est en recul et les dépenses d’investissement semblent sous contrôle.

Nous pensons que le prix de l’or devrait rester stable, au-dessus de 1600 $ l'once, avec un véritable potentiel de hausse dans les cas où les marchés boursiers évolueraient encore en zone de turbulences ou l’escalade du nombre d’infections liées au coronavirus serait foudroyante.

 


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