Investment Update Juillet 2019

S’adapter aux temps qui changent

Après un mois de mai assez difficile au cours duquel les espoirs d’un éventuel accord entre les États-Unis et la Chine se sont brutalement dissipés, les marchés boursiers semblent retrouver des couleurs. Aussi, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient génèrent un risque majeur compte tenu de l’imprévisibilité des questions diplomatiques qu’elles soulèvent.

Afin d’assurer le calme, les banques centrales se sont engagées à être accommodantes dans les mois à venir. Début juin, Jerome Powell qui a annoncé que la Fed pourrait baisser ses taux directeurs si les tensions commerciales affectaient l’activité économique, et le FOMC véhicule un message identique. Elle souligne que les «incertitudes relatives à l’expansion économique» se sont renforcées et compte tenu des risques d’inflation « contenus », la Fed « agira de façon appropriée pour soutenir l’expansion ».

La Banque centrale européenne laisse entendre que sa politique monétaire non- conventionnelle restera d’actualité, les attentes d’inflation ayant été revues à la baisse. Elle pourrait aller plus loin dans ses taux directeurs négatifs voire relancer un programme d’achat d’actifs après le TLTRO III qui consiste à fournir des liquidités à des taux faibles aux banques pour qu’elles irriguent l’économie par le canal du crédit. Lors de son discours du 18 juin, le Président de la BCE Mario Draghi a déclaré : « en l’absence d’amélioration, alors que le retour de l’inflation à notre objectif est menacé, des mesures de relance supplémentaires seront nécessaires ».

En l’absence d’amélioration, alors que le retour de l’inflation à notre objectif est menacé, des mesures de relance supplémentaires seront nécessaires

Contrairement à ce qui prévalait il y a un an, l’heure est au redéploiement de mesures non-conventionnelles qui s’opèrent avec une dégradation des indicateurs économiques en toile de fond. Globalement, d’après les prévisions des institutions supranationales, nous notons que la croissance économique devrait s’estomper cette année. 

Depuis plusieurs mois, le commerce mondial et la production industrielle se dégradent : à titre d’exemple, au premier trimestre 2019, les exportations de la Chine vers les États-Unis ont baissé de 26% en volume et en termes annuels sur les produits taxés par Donald Trump. 

Tournons-nous vers l’avenir proche : les indicateurs de confiance qui donnent une idée de l’activité économique pointent aussi vers un ralentissement économique, du secteur manufacturier notamment. En Allemagne, l’indice des directeurs d’achat et l’indice Zew, qui mesure le sentiment de confiance des investisseurs en Europe, sont tous deux en berne. Même chose aux États-Unis : la trajectoire de l’indice des directeurs d’achats et de l’indice Philadelphia Federal Index, qui mesure les variations dans la croissance des affaires, est identique, sans oublier que les créations d’emplois s’affichent à des niveaux inférieurs aux attentes, à 75 000 au lieu de 175 000. En Chine, le ralentissement s’est invité de manière plus marquée que prévu au sein du secteur industriel, et a également plus fortement touché les importations qu’attendu.

Par voie de conséquence, au vu des facteurs de risque qui pèsent sur l’environnement actuel et du ralentissement économique existant, nous maintenons une attitude prudente dans nos investissements en sous-pondérant les actions et en nourrissant une approche neutre des marchés obligataires.


Marchés boursiers

Lors du mois de juin 2019, nous avons maintenu notre biais prudent sur les marchés boursiers. Ainsi, nous recommandons de réduire l’exposition des portefeuilles dans les secteurs et les segments les plus cycliques de la cote.

Par conséquent, notre vue des matières premières reste négative, le secteur étant très exposé à la bonne santé des pays émergents, en particulier de la Chine, et des services aux collectivités, qui souffrent de la faible croissance de la consommation d’électricité ou de gaz et du développement des réseaux intelligents décentralisés. De la même manière, nous affichons une certaine réserve envers le segment des semi- conducteurs en raison d’une valorisation qui ne reflète pas, selon nous, le ralentissement économique actuel.

À l’inverse, nous sommes beaucoup plus constructifs sur le secteur de l’immobilier, qui se positionne favorablement en raison de la diversité du secteur, de la complexification des chaînes logistiques, des besoins en centres de données, d’une consommation privée qui reste bien orientée et d’une valorisation toujours raisonnable. Notre vue est également positive sur le secteur des services de communication car celui-ci répond aux besoins croissants aussi bien en termes de réseaux qu’en termes de contenus.

Ce biais prudent, justifié par la dégradation de la majorité des indicateurs économiques et du risque politique, n’a pas été payant au mois de juin. Les marchés actions ont très bien performé dans leur ensemble et ont rattrapé leurs faiblesses du mois de mai. Cette dynamique se justifie par le message toujours plus accommodant des principales banques centrales. Les taux orientés à la baisse et l’augmentation attendue des liquidités poussent les investisseurs à chercher du rendement. D’ailleurs, les marchés actions sont considérés comme étant la solution. D’ailleurs, pour la première fois depuis le début de l’année 2019, les fonds actions ont connu une collecte nette positive ces dernières semaines.

 Le mois de juillet donne le coup d’envoi de la saison des publications du deuxième trimestre. Comme c’est généralement le cas, le consensus a abaissé progressivement ses attentes de résultat. Cependant, il est probable que l’attention des investisseurs se porte plutôt sur les guidances du troisième semestre. La question du rebond au deuxième semestre est un sujet clé qui tient les investisseurs en haleine. En effet, ces derniers sont généralement sous-investis en actions. Si les guidances apparaissaient comme favorables, ou moins mauvaises qu’attendues, pour la deuxième partie de l’année, il y aurait probablement un effet d’aspiration qui pourrait porter les marchés actions à un nouveau plus haut. Certaines entreprises, en particulier dans le domaine des semi-conducteurs, commencent à annoncer un report de ce rebond à la fin de l’année, voire à 2020. Au final, les performances des six prochains mois sur les marchés actions dépendront fortement du niveau de ces révisions.


Marchés obligataires

Taux et obligations souveraines


Lors de leurs dernières présentations, la Banque centrale européenne et la Réserve fédérale américaine ont adopté un discours plus accommodant. Nous pensons que la BCE et la Fed stimuleront de nouveau leurs économies respectives à moyen terme. Pourtant, les attentes du marché à l’égard de l’assouplissement de la BCE ont beau sembler raisonnables, les attentes vis-à-vis de la Fed semblent, elles, excessives. Il ne fait aucun doute que les bons du trésor américain font toujours office de stabilisateurs essentiels dans les portefeuilles stratégiques face à la montée de l’incertitude macroéconomique. Toutefois, dans le court terme, nous restons prudents quant aux obligations souveraines longues sur la courbe américaine.

Faisant suite à ce changement de ton des banques centrales, les marchés monétaires européens et américains ont réagi différemment. Alors qu’en Europe la partie très courte de la courbe n’a quasiment pas bougé à l’issue du mois, aux États-Unis, les taux ont chuté de plus de 25 points de base. Ceci s’explique principalement par des taux extrêmement bas en Europe avec le 1 an allemand à - 0,58%.

Crédit

Sur le marché du crédit, le mois de juin s’est caractérisé essentiellement par un resserrement prononcé des primes de risques. Cette situation est due au fait que le marché attendait un nouveau round d’assouplissement monétaire en Europe, et un ton plus accommodant encore de la part de la Fed aux États-Unis. En effet, le Président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a évoqué que la BCE utiliserait, si cela s’avérait nécessaire, toute la flexibilité de son mandat pour apporter des stimulants supplémentaires au moyen des instruments disponibles.

Dans ce contexte, en vue d’un relancement du programme d’achat d’actifs de l’institution monétaire, le marché du crédit européen devient attractif. Nous estimons que les primes de risques se resserreront à des niveaux similaires à ceux du premier assouplissement quantitatif. Toutefois, vu que nous nous trouvons dans un cycle de crédit avancé, nous favorisons les titres de bonne qualité qui sont également éligibles au programme CSPP.

De manière générale, en Europe, les rendements souverains s’affichent à de faibles niveaux. Cela fait naître un désir élevé pour le crédit, car les assureurs et autres gestionnaires recherchent du rendement, induisant une demande durable et faisant obstacle à un élargissement du spread.


Marchés des changes et matières premières

EUR/USD

En juin, l’euro a regagné du terrain par rapport au dollar américain. Aux États Unis, certaines données macroéconomiques se sont avérées moins favorables que prévu, menant les investisseurs à projeter des baisses de taux. De plus, Jerome Powell, le Président de la Réserve fédérale, a déclaré que la Banque centrale était ouverte à des réductions de taux d’intérêt cette année si les conflits commerciaux avec la Chine et le Mexique ralentissaient la croissance économique américaine.

Ainsi, les rendements sur la partie courte de la courbe des obligations souveraines américaines ont baissé plus que ceux du Bund allemand. Ce resserrement entre les taux américains et allemands a généré une appréciation de l’euro par rapport au dollar américain.

Nous ne nous attendons pas à une baisse des taux directeurs de la Fed au mois de juillet. Par conséquent, le potentiel d’appréciation de l’euro devrait être limité dans les semaines à venir.

Par contre, nous restons attentifs aux discours et décisions de la Banque centrale européenne et de la Fed, lesquels pourraient affecter le cours de change. Les investisseurs s’attendent à une baisse de taux plus marquée aux États-Unis qu’en zone euro, c’est pourquoi l’euro devrait s’apprécier de façon contenue à moyen terme et ne pas chuter en- dessous du seuil de 1,12.

OR

Le Président américain Donald Trump a annoncé qu'il imposerait de nouvelles sanctions à l'Iran : il envisage de renforcer sa politique de pression sur ses dirigeants et de placer encore plus sous contrainte l'économie iranienne. Par voie de conséquence, ces tensions géopolitiques ont conduit les investisseurs à s’intéresser à l’or. Ainsi, l’or a bondi et a dépassé les 1400 dollars l’once.

Dans notre scenario de retour à la volatilité sur les marchés actions, l'or est susceptible de devenir une classe d'actifs très performante. Ceci est principalement dû à son statut de valeur refuge qui inspire la sécurité et la préservation de la valeur dans le temps.

Nous pensons que la combinaison de banques centrales dynamiques, de tensions commerciales persistantes, de rendements en baisse, de tensions géopolitiques et d'achats des banques centrales constitue, pour les prix, un risque supplémentaire à la hausse. Ainsi, la fourchette que nous prévoyons pour une once d’or se situe au-dessus de 1350 dollars US.


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