14 février 2020

Entretien économique pour le 1er trimestre

Aykut Efe, Économiste au sein de BCEE Asset Management, aborde le contexte économique et financier de ce début d’année 2020 et dessine les contours de la stratégie d’investissement à venir.

Comment l’économie mondiale se porte-t-elle depuis début janvier ? Que pressentez-vous pour cette année ?

Le brouillard se dissipe. Nous nous dirigeons vers la sortie du tunnel, après une année 2019 qui a infligé son lot de peines à l’économie mondiale. Prise en étau entre le relèvement trop hâtif des taux d’intérêts de la Réserve fédérale américaine (Fed), le conflit commercial sino-américain persistant et des préoccupations géopolitiques généralisées, l’économie mondiale a fléchi et atteint son taux de croissance le plus faible depuis la Grande Crise financière.

Toutefois, cette situation fait désormais partie du passé. Nous abordons avec optimisme cette année 2020 car le voile s’est levé sur les situations qui pesaient lourdement sur l’économie mondiale : la Chine et les États-Unis sont parvenus à un accord de première phase, le Brexit a eu lieu au 31 janvier et les banques centrales poursuivront leurs politiques monétaires accommodantes soutenant ostensiblement les marchés.

Actuellement, la croissance économique mondiale se stabilise, et nous envisageons qu’elle reprendra pour passer la barre des 3% au second semestre de 2020. Les économies émergentes connaissent des taux de croissance bien supérieurs à ceux des économies développées, et continuent à jouer le rôle de moteur de la croissance mondiale. Au sein des pays développés, nous pensons que la croissance restera positive et stable, toujours soutenue par la consommation grâce à un taux de chômage faible.

Rappelons qu’aux États-Unis, 2020 est une année électorale, et dans sa course à l’investiture, Donald Trump pourrait avoir recours à des politiques plus ou moins extrêmes en matière de commerce à l’égard de la Chine ou de l’Union européenne. D’ailleurs, il s’agit là du principal risque que nous évaluons dans notre scénario économique pour l’année en cours. 

Où en sont les marchés obligataires ? En 2019, ils en ont vu de toutes les couleurs. Comment les voyez-vous évoluer en 2020 ?

Les marchés obligataires ont été plutôt guidés par les éléments abstraits que par les éléments concrets. Les progrès réalisés ont réduit l’appétit à l’égard des actifs appréciés pour leur qualité en faveur des actifs plus risqués à l’image des actions.

Dans ce contexte « risk on », les rendements obligataires des souverains européens se sont redressés de manière remarquable sur la fin de l’année aussi bien sur la partie courte que sur la partie longue de la courbe.

L’inflation reste loin de de l’objectif de 2% que fixent les banques centrales, et les prévisions en la matière sur les deux prochaines années ne pointent pas au-delà d’un taux de 1,3%.
Aykut Efe

Sur le plan de la politique monétaire, les banques centrales se sont lancées dans des voies ultra accommodantes qu’elles n’auront pas d’autre choix que de poursuivre, exerçant ainsi une pression à la baisse sur les taux.

En Europe, la BCE affiche un soutien inconditionnel au marché par le biais de son programme de rachats d’actifs qu’elle a relancé pour une durée quasi indéterminée. Nous pensons que la dette privée demeure intéressante sous certaines conditions : bilan solide, éligibilité au programme de rachats et faible cyclicité.

Aux États-Unis, les souverains inspirent la neutralité. Là aussi, la Fed a tout mis en œuvre pour

permettre au marché monétaire de se stabiliser : son discours conciliant et son programme de rachat des Bons du Trésor mis en place au moins jusqu’au second semestre 2020 renforcent notre vision positive de la partie courte de la courbe des taux américains. En revanche, les Bons du Trésor semblent coûteux pour la partie longue de la courbe, et nous préférons rester prudents car 2020 risque d’être volatile, surtout pour cette partie de la courbe : des doutes subsistent à l’égard de l’inflation, des échanges commerciaux et des élections américaines.

Aux États-Unis, l’environnement actuel stable du point de vue économique, la réactivité de la Fed et une offre nette négative constituent des éléments propices. Cela étant, pour 2020, les défis que pose la croissance sont particulièrement pertinents pour les marchés du crédit car les bilans des entreprises restent le maillon faible de ce cycle. En définitive, l’heure est à la prudence, mais sans excès.

À nos yeux, il convient de maintenir un positionnement sur le crédit pour exploiter les opportunités qui se présentent tout en faisant preuve de sélectivité.

Les marchés boursiers ont connu une évolution fantastique alors que l’économie mondiale fléchissait.
Quels sont les facteurs à la source de leurs performances spectaculaires ? Quelle trajectoire entrevoyez-vous pour eux en 2020 ?
Quels sont les facteurs à la source de leurs performances spectaculaires ? Quelle trajectoire entrevoyez-vous pour eux en 2020 ?
C’est un fait : l’année a été sensationnelle pour les marchés actions. Par contre, elle a donné du fil à retordre aux investisseurs au comportement rationnel et froid : d’ordinaire, des revenus en berne et une économie en panne de dynamisme sont à l’origine d’une rupture dans la progression des différents indices boursiers. Or, cela n’a pas du tout été le cas : le soutien inconditionnel des banques centrales, non seulement du point de vue de la gestion des liquidités mais également en matière de gestion et d’orientation des attentes a donné lieux à une des meilleures performances depuis des décennies. Les indices MSCI World, S&P500 et EuroStoxx ont tous engrangé environ 30% tandis que le Nasdaq s’est adjugé 40%. En définitive, investir n’implique pas seulement un comportement rationnel : la liquidité, les flux commerciaux et l’état d’esprit des investisseurs peuvent constituer des facteurs bien plus déterminants que les fondamentaux, les revenus ou encore les analyses macroéconomiques. À la lumière de ces éléments, nous pensons que les investisseurs doivent être conscients du fait que les marchés vont probablement persister dans leur comportement surprenant. Toutefois, il y a de quoi retrouver le sourire et l’enthousiasme lorsqu’on pense au soutien des banques centrales, qui encouragent ouvertement l’approche basée sur la prise de risques.
Sur quels secteurs se portent vos choix d’investissements pour 2020 ?
Sur quels secteurs se portent vos choix d’investissements pour 2020 ?
Tout d’abord, la Santé est notre grand favori. Un grand nombre de médicaments voient le jour, le secteur est porté par les innovations constantes, sans compter que la robotisation y joue également un grand rôle. Aussi, ce qui n’est pas pour nous déplaire, ce secteur n’est pas très cher, et les mouvements de fusions et d’acquisitions des entreprises apportent du dynamisme tout en donnant un bon rythme à son évolution. Quant aux Services de Communication, ce secteur rassemble les acteurs des services internet (accès, navigation ainsi que les logiciels et les services liés) et ceux de la téléphonie. Ils constituent également un des secteurs les plus porteurs, et à ce titre, il compte parmi nos favoris. En somme, nous voyons également les investissements en actions d’un œil favorable. En effet, les bénéfices des entreprises sont amenés à poursuivre leur trajectoire ascendante, et les banques centrales se montrent prêtes à épauler les marchés dans la durée.
Est-ce que vous remarquez une tendance ?
Est-ce que vous remarquez une tendance ?
En matière de tendances, il se dégage de nos analyses que les données constituent une thématique à moyen terme particulièrement intéressante en matière d’investissements. Parmi les entreprises du domaine que nous aimons figurent Microsoft pour ses avancées dans le domaine du Cloud, Cisco pour ses capacités en matière de réseaux, Nokia pour la 5G, TE Connectivity pour les composants de connexion et Cognex pour son potentiel en matière d’image. Une autre thématique séculaire, basée sur les nouveaux modes de consommation de services mérite que nous nous attardions sur elle: les loisirs et le divertissement. Parmi les entreprises actives dans le domaine figurent des grands noms dans lesquels nous croyons : Booking.com, Activision Blizzard, Netflix, Disney et Comcast.

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