26 mars 2020

Des mesures pour de vrai

Aykut Efe, Économiste au sein de BCEE Asset Management, aborde le contexte économique actuel durant la pandémie de coronavirus.

Cela ne fait plus aucun doute : la pandémie de coronavirus fera basculer l’économie mondiale en récession dès le deuxième trimestre de l’année, et les économies développées seront aux premières loges. Face au spectre de la récession, gouvernements et banques centrales mettent en place des politiques coordonnées pour venir en soutien à l’économie.

D’une part, les banques centrales disposent des outils qu’on leur connaît désormais, surtout depuis la dernière crise financière : les programmes de rachats d’actifs (qui suivent évidemment des baisses de taux directeurs). D’autre part, les gouvernements élaborent des politiques budgétaires extrêmement expansionnistes pour épauler les producteurs et les consommateurs.

Commençons par les banques centrales

Au total, plus d’une trentaine de banques centrales ont diminué leurs taux d’intérêt directeurs pour faire obstacle à aux effets néfastes de la pandémie sur l’économie, allant des pays émergents aux pays développés. Mais ce n’est pas tout. Des programmes massifs de rachats d’actifs ont été progressivement annoncés, notamment de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed) et de la Banque centrale européenne (BCE).

Après avoir procédé dans l’urgence à la baisse de ses taux directeurs à 0%, la Fed a levé toute limite pour ses rachats d’actifs, et a communiqué qu’elle achèterait également des obligations privées, que ce soit sur le marché primaire, secondaire ou via des ETF. Par ailleurs, la Fed a également pris soin de fournir des dollars à l’étranger par l’intermédiaire de ses swaps lines établies avec des dizaines de banques centrales.

La BCE, quant à elle, a d’abord déçu les attentes des marchés en annonçant un programme de rachats d’actifs peu ambitieux, à hauteur de 120 milliards d’euros. Ensuite, l’institution a rectifié le tir en intensifiant sa politique de Quantitative Easing de 700 milliards d’euros sous l’égide de son Pandemic Emergency Purchase Programme, dont le double effet s’est fait sentir par l’intermédiaire d’une communication d’une rare fermeté. D’ailleurs, il ne serait pas faux de dire que Mme Lagarde a eu son moment « whatever it takes » en déclarant que la BCE n’avait « pas de limite à son engagement pour l’euro ».

Sur le plan budgétaire, les États consentent également des efforts sans précédent. L’ampleur de ces politiques budgétaires peut être résumée ainsi : il s’agirait du plus ambitieux programme de relance jamais lancé en temps de paix.

Ce n’est rien de le dire : les montants sont au moins aussi exorbitants que ceux des programmes de Quantitative Easing. Au départ, les États-Unis discutaient d’un montant initial de 800 milliards de dollars. Aujourd’hui, le Sénat vient d’entériner un programme de relance à hauteur de 2000 milliards de dollars !

Ce programme comprend une aide aux prêts bancaires et aux entreprises pour 500 milliards de dollars, mais surtout un chèque de 1200 dollars pour les adultes à revenus modestes et 500 dollars pour leurs enfants. Ce montant extraordinaire que le gouvernement américain souhaite injecter dans l’économie représente 10% du Produit intérieur brut (PIB) américain, soit l’équivalent du PIB d’un pays comme l’Italie.

En Europe, la Commission européenne a suspendu les règles budgétaires du Pacte de stabilité et de croissance qui limitent les dépenses des États. Ainsi, les États pourront venir en aide aux entreprises et aux ménages sans transgresser les règles du Pacte.

Même l’Allemagne, connue pour être historiquement réticente à s’endetter pour relancer son économie, a dû admettre qu’aucun autre choix ne s’offrait à elle dans un tel contexte.

 

C’est pourquoi un vaste programme de relance de 800 milliards d’euros, dont 600 milliards sont destinés aux aides aux entreprises, et le reste aux dépenses sociales. Par ailleurs, la banque allemande d’investissement, la KfW, dispose de 500 milliards d’euros auxquels pourront avoir recours les entreprises allemandes en proie à des problèmes de liquidité.

De son côté, la France, envisage de mettre 45 milliards d’euros sur la table pour ses entreprises et ses ménages, avec une garantie pour les prêts bancaires allant jusqu’à 300 milliards d’euros.

Il est rassurant de constater que dans la crise que nous vivons, la réponse des banques centrales et des États ne s’est pas fait attendre.

Les pouvoirs publics semblent pleinement conscients du sérieux de la situation, en témoignent leurs actions sans précédent. Certes, la consommation et l’investissement privés vont chuter pendant toute la période de cette pandémie, mais grâce à l’intervention étatique, nous sommes en droit d’espérer que cette période s’achèvera en limitant les pots cassés, avec un minimum de faillites et avec une économie qui peut reprendre son cours lorsque la pandémie sera derrière nous.